N’ayant que 10 euros en poche, j’ai beaucoup hésité à choisir le livre de Roland Barthes “Le grain de la voix” plutôt que celui de Christian Salmon “Storytelling”.
Je lis assez peu de livres contemporains, d’abord par restriction économique (les nouveautés sortent rarement en édition de Poche), ensuite par envie de palier à mon ignorance des classiques – pas la peine de songer à la toiture si déjà les fondations sont fragiles, me dis-je (en fille de maçon, plutôt que fille de charpentier).
Je reste donc à l’écart, à enfoncer les portes ouvertes.
Si lire/écouter Deleuze c’est comme naviguer sur le Mississipi, décrypter Barthes rappelle d’avantage le passage d’une série d’écluses hollandaises. Pourtant parfois les propos de l’un font écho à ceux de l’autre.
Ainsi de la “structure décentrée” (p111 - Entretien – Sign of the Times, 1971 ).
Une fois appliqué l’exemple du dictionnaire auquel se réfère R. Barthes à plusieurs reprises (p186), se profile l’idée du “rhizome”: un réseau (structure) invisible qui n’a pas de centre et aux valeurs (signifiés) exponentielles.
C’est une bonne nouvelle: si Barthes ne peut se détacher complètement de la rigoureuse linguistique (science) lorsqu’il s’agit d’analyse littéraire, au moins, revendique-t-il la pluralité, la diversité des résultats.
L’ “acuité” de Barthes semble aller plus loin, notamment lorsqu’il parle de littérature amateur (p219 et p233/234)”
La grande figure d’une civilisation qui se libérerait serait celle de l’amateur. L’amateur actuellement n’a pas de statut, il n’est pas viable; mais on peut imaginer une société où les sujets qui auraient envie pourraient produire. Ce serait beau.
Les Nouvelles littéraires, 13 janvier 1975
Propos recueillis par Jean-Louis Ézine
[...] Les gens écriraient, feraient des textes, pour le plaisir, profiteraient de la jouissance de l’écriture sans préoccupation de l’image qu’ils pourraient susciter chez autrui.
Le Magazine littéraire, février 1975
Propos recuillis par Jean-Jacques Brochier
À ceci près que l’écriture d’amateur en 2009 (le weblog) est devenu non seulement image mais aussi identité.
La notion de plaisir s’est diluée, dans beaucoup de cas, dans celle d’obligation implicite.
Le weblog est critère de sociabilité; celui qui n’aurait rien à dire deviendrait presque suspect.
Il en est peut-être autrement des commentaires; bienveillants ou pas, ils relèveraient plutôt de la peur: celle de ne pas être entendu, de se voir un jour censuré. Il s’agirait d’”user” le mot avant qu’il ne soit interdit.
C’est peut-être un leurre (au sens d’illusion, non de manipulation), une fausse tribune, mais sa suppression ne ferait que justifier cette crainte originelle. (De toute manière on ne parle aujourd’hui que de surveillance – ce n’est pas la même chose ?)
J’ai bien-sûr lu/dégusté ce livre avec ma propre grille de lecture/mes propres couverts; des choses essentielles m’auront échappées. J’y ai peut-être seulement vu ce que je cherchais.
Quelques euros plus tard, cependant, je constatais qu’il était fait mention du travail de Barthes dans “Storytelling”.
Avait-il prévu que son érudition servirait à endormir le plus grand nombre ? Le savoir est parfois Boomerang.
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Pas grand’chose à dire pour le moment sur “Storytelling”. Juste un lien vers un article du Monde qui concerne le jeu vidéo comme outil de management: http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/07/27/le-jeu-video-nouvel-outil-de-management-et-de-communication_1220640_651865.html#ens_id=1221927


