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RÉSULTATS DES ARCHIVES

August 2009


Sous-rubrique: NARRA-SONS INTERACTIONS GESTES: RECHERCHES

Il y a trois textes bien distincts, dont chacun sans doute mériterait un article à part entière, et que je souhaiterais brièvement rapprocher dans le cadre de mon intérêt pour la narration.

Les deux premiers abordent (et là je prends un furieux raccourci), à différents niveaux, le thème de la Théorie de l’Information.

Il s’agit d’un article de Télérama sur la pratique du net au quotidien et ses répercutions sur nos fonctions cognitives, notre manière d’appréhender l’information ou plus exactement, sur cette pratique qui semble nouvelle et qui consiste à se nourrir d’informations parcellaires qu’elles soient collectives-publiques (feeds, portails) ou individuelles-privées (chats, courriels).
De cette article j’ai retenu le passage suivant:

(…)on [le] décrit souvent [le surf sur internet] comme une « boîte de Skinner », conçue dans les années 30 par le psychologue du même nom pour mettre au jour les mécanismes de la dépendance. Ce dispositif montrait que les plus irrésistibles des récompenses ne sont pas celles qui reviennent invariablement, mais celles qui arrivent au hasard.

Internet rend-t-il bête ?
Sophie Lherm
Télérama n° 3106 - 29 juillet 2009
http://www.telerama.fr/techno/internet-rend-il-bete,45457.php

Le deuxième texte est tiré d’un livre d’Umberto Eco:

L’auditeur veut voir le processus [musical] se conclure selon les lois de la symétrie et s’organiser de la meilleure façon possible. L’émotion naissant du blocage de ce fonctionnement régulier, la tendance à la bonne forme et le souvenir d’expériences formelles antérieures interviennent pour créer chez l’auditeur des attentes: prévisions de solutions, préfigurations formelles à travers lesquelles la tendance inhibée déjà se résout. En se prolongeant, l’inhibition fait naitre le plaisir de l’attente, qui est comme un sentiment d’impuissance devant l’inconnu: et plus la solution est inattendue, plus le plaisir est intense.

L’œuvre ouverte
Umberto Eco
1962
ISBN 978-2-02-005327-3
Ouverture, Information, communication
p100

C’est un peu compliqué (pour moi) mais Umberto Eco étend son structuralisme de linguiste/sémiologue au domaine de l’art contemporain (tel qu’il se pratiquait en 1962) et analyse l’aura d’une œuvre sous l’angle des probabilités.
[un résumé du livre ici]
C’est un livre à l’écriture ardue mais qui, sans l’évoquer explicitement, pose, dans une certaine mesure, les bases de ce que pourrait être l’interactivité en art.

Le troisième texte – en anglais – est un article daté du 2 août 2009, traitant des possibles différences d’attitude entre un lecteur (de BD – actif ?) et un spectateur de cinéma (passif ?).
C’est là:
http://www.emaki.net/blog/2009/08/how-active-is-comic-comprehension.html
Il y est question d’expérience et de mémoire, du travail de l’imagination, de linéarité.

Quels points communs entre un comportement quotidien à visées pragmatiques (l’utilisation de l’outil-ordinateur) et un comportement ponctuel, tout entier tourné vers l’art (musique, peinture, BD, audiovisuel…) ?

Ce qui me semble intéressant dans ces trois textes, c’est la mise en exergue du principe d’Attente/Récompense comme ressort de la connaissance (rechercher un renseignement, se repaître des intentions d’un artiste, progresser dans le déroulement d’une histoire).

À la fin des années 90, existait le “cliqueur fou”: cet utilisateur d’application informatique impatient qui, non canalisé, cherchait frénétiquement à interagir, fouillant plus que ne l’appréciant l’écran d’un curseur rageur, à la recherche d’un trésor qui devait le mener vers un autre trésor, avec passion, déraison, et pas beaucoup de compréhension:
donnez à un enfant un marteau sans clou et courez, courez aussi vite et loin que vous le pourrez.

J’ai longtemps cru que c’était l’apanage des technophobes (dont je fus), ceux qui craignent plus le ridicule que les machines elles-mêmes et qui, souvent, voient derrière chaque nouvelle interface un complot de cerveaux technomanciens forcément vicieux.

Mais d’après ce que je viens de lire, devant une pièce artistique ou une pièce designé, c’est la même expectation qui sourd chez le patient: “Étonnez-moi !” (a dit un jour le poète au danseur – ou inversement).

Si l’étonnement ne vient pas de lui-même, le patient ira le débusquer.
La discipline et la pondération ont leur limite: à la routine, il faudrait opposer la rupture du tempo (pas seulement dans le cas d’un montage cinématographique).

Cette dynamique, que suggérait U. Eco en 1962 au sujet des œuvres ouvertes, s’est aujourd’hui étendue aux tâches du quotidien par la magie de la neuroplasticité (terme de Roland Jouvent, interrogé par Télérama).
Je ne crois pas que le débat initié sur le blog Emaki au sujet de la passivité ou l’activité du lecteur de BD comparée à celle du spectateur soit pertinent; il aurait dû avoir lieu il y a longtemps – la polysémie des signes et surtout le zapping sont en cours de digestion.*

Pour finir, une phrase sortie de son contexte:

La toile elle-même l’invite [le "lecteur"] à ne pas se laisser déterminer par les liens de causalité, ou par l’attrait de l’univoque, à s’engager dans une voie où les découvertes seront toujours imprévisibles.

C’est d’Umberto Eco, (p 125-126), (toujours en 1962),
et la toile dont il est question ici – c’est bien dommage, le quiproquo ne fonctionne qu’en français – est le support matériel où s’est exercé l’artiste-peintre.

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* je sais, c’est encore une conclusion olé-olé (et en plus j’ai faim)
mais j’ai beaucoup de mal à formuler mes intuitions en mode intelligible.
Certes, personne ne m’y oblige…
je reste cependant convaincue que l’activité de synthèse à usage modéré
peut être une bonne méthode pour faire avancer sa pratique.

Sous-rubrique: Humeurs

mois_doute
auguste (and whiteface) Month