Arthur Harold Babitsky était venu s’installer sur la côte ouest afin de faire ses preuves au sein des studios Disney. L’animation était pour lui une façon de déformer les choses sans les abîmer, autrement dit une chose moins dangereuse que l’amour. Une seconde nature, indissociable d’excursions dans le monde des contes, tout entière vouée à l’enchantement premier de l’enfance. Babbitt cherchait, par tous les moyens graphiques possibles, à soutirer aux formes des aveux, à les déposséder, à force d’exacerbation chromatique, de leur prétendue stabilité et de leurs ambitions séculaires afin qu’elles deviennent danses, flux, orages, foisons, battements d’un cœur plus vaste et moins visible. Il voulait que les champignons exultent, que les arbres conspirent, il voulait l’insurrection des pierres et la malice de la foudre. Et aussi : surmonter sa peur — et puisqu’il est impossible de chasser la peur sans bannir le désir, il convenait donc de faire de la peur un moteur, et d’alimenter ce moteur avec le seul carburant dont Babbitt disposait : les autres.
Quand il avait aperçu les Oziens à la fêtes de la MGM, il avait su que l’enchantement était avant tout une rencontre.
CosmoZ
Christophe Claro
Actes Sud p322
