
Tout a commencé quand, au détours d’un article publié un magazine acheté presque par dépit…
Non.
Tout a commencé un samedi matin,
lorsque vers deux heures,
je me suis réveillée sans grand espoir de me rendormir avant la nuit suivante.
J’ai mis l’ordinateur en marche et scruté l’agrégateur; j’ai cliqué sur le lien pointant vers…
Non.
Tout a vraiment commencé dans une librairie de Cardiff, où passant incidemment devant le rayon sciences humaines, je me suis étonnée de la profusion de philosophes français en tête de gondole. Je me suis approchée. J’ai ricoché et ai découvert, au-dessus d’un Barthes, à coté d’un Baudrillard, devant un Deleuze mais derrière un MacLuhan (0), un drôle de livre intitulé ” The Shallows : What The Internet is doing to our brains”.
Les ouvrages papier britanniques ont tous un design très aguichant, et par principe, je me méfie de ce qu’ils contiennent. J’ai tenté de comprendre ce que pouvait bien cacher le terme abscond de “shallows” (bas-fonds) et, finalement persuadée qu’il s’agissait de la plaidoirie bigote de quelque vieille fille souhaitant sauver ses chats du naufrage post-post-moderne, j’ai reposé le livre.
Sauf que…
Un matin, vers deux heures, je lis de façon fortuite un article paru la veille sur InternetActu:
“Ce qu’internet apprend à nos cerveaux”
http://www.internetactu.net/2010/09/03/pdlt-ce-quinternet-apprend-a-nos-cerveaux/
Nicholas Carr ?
Nicholas Carr : “Nous passons du stade de cultivateurs de la connaissance personnelle à celui de chasseur dans la forêt des données.” (Trad. Xavier de la Porte).
Nicholas Carr, un techno-poète, très certainement.
La journée passe.
Je sors dans le but d’acheter un magazine.
Je ne le trouve pas. (puisque j’étais, souvenons-nous, dans une librairie de Cardiff au moment de sa publication).
J’en achète un autre.
C’est heureux puisqu’à l’intérieur, il y a un article traitant des écritures du web.
Sauf que…
Re-voilà Nicholas Carr et son “What The Internet is doing to our brains”.
Il est toujours difficile d’ignorer ce type de coïncidences.
Nicholas Carr est un essayiste américain.
Le billet paru sur InternetActu.net est la synthèse d’un de ses articles publié sur Wired.com en mai 2010:
http://www.wired.com/magazine/2010/05/ff_nicholas_carr/
La thèse de N. Carr est la suivante: le cerveau est plastique et Internet le déforme.
La culture actuelle, ne correspondant plus à la nouvelle configuration cérébrale des individus,
est destinée à disparaître.
(N. Carr ne dit pas si elle sera remplacée).
N. Carr fonde sa théorie alarmiste sur différentes expériences *non-intrusives* menée sur un petit nombre de participants volontaires.
[Pour être certaine de bien comprendre les conditions de ces études, je me rends sur la page Wikipedia de l’Imagerie par Résonance Magnétique nucléaire.(1)
L’IRM fonctionnelle, donc, permets de localiser les zones du cerveau les plus oxygénées durant la durée de telle ou telle activité (grâce au “signal IRM émis par le sang oxygéné qui diffère du signal du sang désoxygéné”). En gros.
On suppose que les zones les plus oxygénées du cerveau sont les plus sollicitées par l’activité en question.
On suppose également que ce qui se voit sur l’IRM est un raccourci fiable de l’activité globale du corps du cobaye. (2)]
Sauf que…
Tout le monde ne partage pas l’avis de N. Carr, et les contre-arguments sont raisonnablement nombreux et indéniablement plus convaincants, pour le moment.
Voir ce premier article paru sur InternetActu en juin 2010:
http://www.internetactu.net/2010/06/29/net-attacks-nos-cerveaux-attaques-par-le-net/
Voir également, enfin, le court article publié dans le numéro 60 de mcd – septembre/octobre 2010 intitulé “La littérature et les écritures du web”.
La plasticité du cerveau est, d’après ce que j’ai cru comprendre, plutôt bien connue: qu’une activité spécifique sollicite une zone spécifique du cerveau, n’a rien de dramatique; une étude menée par le University College de Londres (en 2007?) a montré que le cerveau des chauffeurs de taxis londoniens avait une zone dédiée à la navigation spatiale plus développée. Le cerveau s’adapte, c’est une propriété, pas une maladie. (Voir cet article bien fourni, daté de septembre 2007, au sujet de la plasticité cérébrale, sur le site Scienceetavenir.fr).
Faut-il avoir peur de cette évolution organique quasi-invisible ou bien se réjouir des opportunités qu’elle offre en terme de recherche artistique (entre autres) ?
Faut-il considérer le Rich Media comme une malbouffe de la connaissance ?
L’hypertexte est-il nocif pour la littérature ?
L’article du magazine mcd#60 donnent quelques pistes sans toutefois trop creuser le sujet; l’important pour le moment étant de contrer les terreurs les plus basiques propres à alimenter le feu des sociétés de contrôle. C’est ainsi que je l’ai compris.
…
(0)
Nominagite aigüe.
(1)
Quand je vois, sur l’image d’une tête humaine en coupe, les plis et replis du cerveau, je ne m’étonne finalement plus de l’infini possible des courts-circuits.
(2)
Je mourrai moins bête. Peut-être.
…
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gilbert_Simondon
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mark_Z._Danielewski
http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Maison_des_feuilles
http://en.wikipedia.org/wiki/Only_Revolutions
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jonathan_Safran_Foer
http://www.eliterature.org
