Parfois certains cerveaux fonctionnent comme la reproduction miniature d’un grand collisionneur en pâte d’amande. Quand deux nougats finissent par se rencontrer, c’est une explosion de sucre-candys indomptables.

- Tout a commencé, par hasard, la nuit dernière, devant l’extrait d’une rediffusion de l’émission Arte Culture. Il y était question d’un exposition de Jenny Holzer à la Fondation Beyer, en Suisse. Je n’ai jamais eu l’opportunité de voir une de ses œuvres in situ, me contentant, à tort, de reproductions photographiques. Voir tous ces textes se mouvoir rapidement, à contre-courant les uns des autres, accompagnés d’un commentaire sonore de l’artiste, m’a d’abord fait penser à des autoroutes, puis à des flux, des feeds, des RSS, des atomes en fuite, des mauvaises nouvelles. J’ai pensé à cette œuvre monumentale que j’avais vu il y a quelques années au Festival Villette Numérique, Listening Post (2001), de Mark Hansen et Ben Rubin, qui affichait sur plusieurs panneaux des extraits de Chats. Ensuite je me suis souvenue d’un travail d’Antoine Schmitt: Timeslip, 2009, qui consistait à afficher sous forme linéaire les brèves de l’AFP conjuguées au futur. J’ai brièvement rebondi, (sans modestie aucune), sur l’un de mes anciens travaux (2003-2004), crée en collaboration avec Garrett Lynch, “Du Quotidien”, un petit générateur de texte façon Dada dont la partie sonore consistait en une transcription (très basique) des feeds de quotidiens nationaux en musique: à un certain groupe de lettres correspondait un des seuls accords de guitare dont j’aie jamais été capable. J’ai ensuite songé à un meuble conçu récemment (2008), une étagère dont la structure permettait d’afficher en temps réel des SMS, une manière de communiquer avec sa maisonnnée (oublié le nom du designer). J’ai pensé ensuite au lapin communicant, le Nabaztag qui s’exprimait, transmettait les informations, essentiellement par code couleur (Ajout: par sons également). J’ai essayé de songer à l’ensemble des Nouveaux Objets, mais la tâche était trop ardue.
Finalement, j’ai pensé à Picadilly Circus et aux yeux du lapin (organique celui-là) qu’on évite d’un coup de volant, la nuit, sur une route de campagne.
Toutes ces lumières faisaient vraiment beaucoup.
Je me suis demandée s’il n’était pas possible d’annoncer les choses plutôt par un biais auditif harmonieux. J’ai failli me mettre à penser au film Rencontre du 3e type, à la célèbre séquence de communication par émission musicale, mais je me suis dit qu’il valait peut-être mieux débrancher le cyclotron.
Faire des listes, c’est bien, toutefois, même au goût de caramel, ça ne mène pas très loin.
N’empêche, il y a quelque chose qui me chiffonne dans la visualisation de toutes ces informations muettes.
Ajout 16h55: En recherchant le nom d’une œuvre sur le site Villette Numérique, je tombe sur le descriptif d’une autre œuvre intitulée Ping, 2004, de Chris Chafe et Greg Niemeyer. C’est idiot, j’y étais mais je ne l’ai ni vue ni entendue.
Ajout 19h26: Ce qui m’amène à une autre question: dans quelle mesure une bande sonore dépourvue de séquences vocales peut être narrative ? Narrative, pas vaguement évocatrice (dans des conditions normales d’écoute c’est-à-dire sans hallu).
Peut-on considérer, par exemple, Le Carnaval des Animaux, de Saint-Saëns, comme narratif ? C’est une activité souvent proposée en cours de scolarité primaire et j’ai un souvenir d’école très vif d’un après-midi durant lequel nous avions dû ajuster nos mimes animaliers à la musique.
